Ils sont devenus indispensables à l'école inclusive, mais leur statut reste débattu. Plusieurs parlementaires proposent d'intégrer les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) dans la fonction publique. Le point sur ce projet.
Qu'est-ce qu'un AESH, et qui peut en bénéficier ?
L'accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH) aide un élève handicapé dans sa scolarité. Il peut l'aider à écrire, à s'organiser, à se déplacer, à communiquer ou à participer aux activités de la classe. Il ne remplace pas l'enseignant : il facilite l'accès de l'enfant aux apprentissages.
Toute famille ne peut pas obtenir un AESH simplement en le demandant. L'accompagnement est décidé par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), au sein de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), à la demande des parents. La commission peut notifier :
- une aide individuelle, avec un nombre d'heures déterminé ;
- une aide mutualisée, partagée entre plusieurs élèves ;
- un accompagnement collectif, dans les dispositifs ULIS.
L'Éducation nationale doit ensuite mettre en œuvre cette décision. Depuis une loi de 2024, l'État prend aussi en charge l'accompagnement pendant la pause méridienne.
Un métier qui a pris beaucoup d'ampleur
En quelques années, les AESH sont devenus le deuxième métier de l'Éducation nationale :
- 140 000 AESH environ en 2025, contre 43 000 en 2017 ;
- 560 000 élèves en situation de handicap scolarisés à la rentrée 2026, soit 62 % de plus qu'en 2017 ;
- 355 000 élèves bénéficiaient en 2025 d'une notification d'aide humaine, un chiffre qui progresse de 10 à 11 % par an.
Les AESH sont aujourd'hui des contractuels de droit public. Depuis 2022, ils peuvent obtenir un CDI après un premier contrat de trois ans. En 2024, 63 % d'entre eux étaient en CDI. La plupart travaillent 24 heures par semaine, soit environ 62 % d'un temps plein, pour une rémunération moyenne évaluée par le Sénat à 850 € par mois. Un tiers des AESH ont quitté leurs fonctions entre 2020 et 2023.
Ce que proposent les textes
Au Sénat, une proposition de loi examinée le 7 janvier 2026 prévoyait :
- la création d'un corps de fonctionnaires de catégorie B réservé aux AESH ;
- une intégration des agents en poste selon leur ancienneté, puis un recrutement par concours ;
- une rémunération à temps plein sans exiger les 1 607 heures annuelles habituelles, sur le modèle des enseignants.
Le Sénat l'a rejetée. Deux arguments ont été avancés : un coût estimé à plus de 4 milliards d'euros par an, et le fait que les heures supplémentaires rémunérées ne se traduiraient pas par davantage d'accompagnement en classe. Le ministre de l'Éducation nationale s'y est également opposé, tout en se disant ouvert à l'idée qu'une partie des AESH accède à terme à un corps de fonctionnaires par concours, après une étude d'impact. Des discussions avec les syndicats ont été ouvertes au printemps 2026.
À l'Assemblée nationale, une nouvelle proposition de loi a été déposée le 15 septembre 2026 (n° 3171). Elle prévoit :
- la titularisation immédiate des AESH en poste, après une année de formation ;
- un recrutement futur par concours académique ;
- la reconnaissance de 24 heures hebdomadaires comme un temps plein.
Ce texte n'a pas encore été examiné. À ce jour, aucune de ces mesures n'est en vigueur.
Ce que cela change, ou non, pour les familles
Quelle que soit l'issue du débat, les droits de l'enfant restent les mêmes. Lorsque la MDPH a notifié un accompagnement, l'État est tenu de le mettre en place. En cas d'absence d'AESH ou d'heures inférieures à celles notifiées, les familles disposent de recours, y compris en urgence devant le juge administratif. La responsabilité de l'État peut aussi être engagée.
Maître PHILIPPE, avocat en droit de la santé, accompagne les enfants en situation de handicap et leurs familles dans leurs démarches auprès de la MDPH et de l'Éducation nationale, ainsi que dans leur défense devant les juridictions, pour faire respecter leurs droits.
